Casamance: Dix ans du rappel à Dieu de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, que reste -t-il de son héritage ? René Capain Bassène répond.

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Dix ans du rappel à Dieu de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, que reste -t-il de son héritage ? René Capain Bassène répond.

René Capain Basséne, journaliste, écrivain, observateur de la crise en Casamance et auteur du premier livre sur l’abbé Diamacoune tente de nous donner sa réponse.

Interview exclusive  du Journal du Pays :

Dix après le rappel à Dieu de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, est ce que vous pouvez nous dire ce qui reste de son héritage au sein du MFDC ?

Vous savez, l’abbé Augustin Diamacoune Senghor n’a pratiquement rien laissé de concret au MFDC. Il lui a plutôt prodigué des conseils sous forme de code de conduite à tenir dans le cadre de la lutte pour l’obtention de l’indépendance.

Pourtant ils sont nombreux les acteurs qui disent que l’abbé a aidé au MFDC à se procurer des armes automatiques pour mieux faire face au Sénégal. N’est ce pas un héritage cela ?

Rire. Les gens racontent n’importe quoi. Je parle sous le contrôle des acteurs bien informés et prend à témoin les combattants eux mêmes. Par deux fois, l’abbé a refusé de signer un contrat de livraison d’armes avec les autorités d’un pays qui était prêt à gratuitement équiper le maquis casamançais. Il fallait juste sa signature en sa qualité de secrétaire général du mouvement pour que l’armement leur soit octroyé, mais…

Pour vous qui l’avez fréquenté et qui avez rédigé le premier et unique livre sur sa personne, savez vous pourquoi a-t-il refusé de signer?

Quand il a été jusque au lieu où il devait signer, au moment de passer à l’acte, il a refusé en leur disant : «  ma qualité de prêtre, d’homme de Dieu, symbolisée par cette soutane que je porte ne me permet pas de signer un tel accord. Je suis contre tout ce qui peut contribuer à verser du sang ». C’est pour encore une fois montrer que jamais, il n’a prôné la lutte armée en Casamance.

Comment les combattants avaient apprécié sa décision ?

Son attitude a été trop mal appréciée par les combattants. Et jamais ils ne lui ont pardonné cela. C’est d’ailleurs à partir de cet événement que son autorité a commencé à être remise en cause par certains chefs et par de nombreux jeunes combattants. Ils étaient très loin de s’imaginer cela et ne pouvaient par conséquent pas concevoir que ce soit leur Secrétaire général qui leur ait empêché de bénéficier d’un don d’armes. Nous savons tous ce que représente une arme pour un combattant. Cette décision que je qualifie d’historique l’abbé, l’avait prise en un moment où le maquis casamançais était encore trop sous équipé en armes automatiques et en munitions, à une époque où le conflit était à son pique. Quand vous faites allusion à cet événement, les combattants vous répondent : « l’abbé à contribuer à retarder la lutte pour l’indépendance en nous privant d’une livraison de matériel de guerre, en un certain moment nous avions comme l’impression qu’il a été corrompu… ».

Bien vous avez parlé de conseils qu’il leur aurait donné et que vous sembler considérer comme héritage. Que leur avait –il dit exactement ?

L’abbé quand il a commencé à se rendre compte que son autorité commençait à ne pas être respecté par certains éléments aussi bien politiques que civils du MFDC, quand il a constaté que des événements se produisaient sans qu’il n’en soit informé, il a sous forme de mise en garde essayé d’attirer l’attention du MFDC en ces termes :

A ceux qui directement contestaient son autorité en s’auto proclament « chefs » il leur dit ceci :

« Chez nous en Casamance, la chefferie ne se tiraille pas. Elle se donne. Et c’est la communauté qui choisi ces dirigeants … Souvent on voit des gens qui pour refuser d’occuper certains postes préfèrent s’exiler…il n’est en réalité pas facile d’occuper certains stades de responsabilité… soyez tranquilles car au moment venu, la Casamance choisira celui qui doit diriger le mouvement comme cela a toujours été de coutume chez nous… un tiraillement de postes de commandement pourrait être fatal au Mouvement… ».

Il n’a pas été écouté par ceux là qui tenaient à bafouer l’ordre établi. La conséquence de cette « désobéissance » nous la connaissons tous : Attika a éclaté à la suite d’une longue, trés malheureuse et trop meurtrière guerre fratricide. Les conséquences de ce conflit intra combattants ont effectivement été fatales au MFDC. Le Mouvement s’est retrouvé avec une aile combattante éclatée en de multiples tendances avec chacune son chef et son mode de fonctionnement. Les dégâts se sont étendus jusqu’au niveau des ailes politiques aussi bien intérieure qu’extérieure divisée en de multiples tendances rivales…

Après avoir tenté en vain de réunifier le mouvement, il leur a adressé ce second conseil.

«  Méfiez –vous chers frères car l’ennemi ne parviendra jamais à bout du mouvement par les armes. Cependant il va se servir de l’argent et utiliser  la ruse pour vous diviser, vous affaiblir et gagner la guerre ».

Il n’a aussi pas été écouté. Les acteurs de paix se sont partagés les différents maquis et ailes politiques, et ont utilisé l’argent pour les manipuler et renforcer les divisons entre elles afin de mieux les utiliser pour vivre du conflit… la conséquence, le MFDC a perdu sa crédibilité et est jugé comme un mouvement de mercenaires. De gens assoiffés d’argent et non de combattants convaincus par la nature de lutte qu’ils prétendent incarner.

La conséquence du refus de l’écouter a fait que de nos jours, tous sont unanimes que le MFDC peine à se faire respecter. Il n’y a personne qui puisse parler légitimement au nom de cette rébellion que certains n’hésitent pas à comparer à une armée mexicaine

Si on te comprend bien, le MFDC n’a rien retenu de Diamacoune. Pourtant tous se réclament de lui malgré leur division.

Je suis tout à fait d’accord avec vous. Toutes les sensibilités se réclament de Diamacoune. C’est à l’image d’un ou des enfants qui ont eu à bafouer l’héritage de leur père. Pourront –ils un jour le renier ? Soyez d’avis avec moi qu’on peu sans renier son guide ne pas appliquer ses directives.

Et qu’en est –il de tout ceci en ce moment où vous êtes entrain de nous parler ?

Un adage diola dit «  fourime anifane fou morériit di karamba » : mot à mot cela signifie : «  la parole d’un ainé ou d’un sage ne dort jamais en brousse ».

Ainsi, dix ans après la mort de Diamacoune, le MFDC a compris que pour être fort et pouvoir être crédible, il faut qu’il parvienne à faire taire ses querelles intestines, ses divisions et fermer la porte aux porteurs de mallettes.

Cette prise de conscience est en train de se concrétiser par une phase de réconciliation et de réunification de ses différentes factions aussi bien au niveau politique que militaire. Ce processus amorcé depuis plus d’un an a produit à mi-parcours des résultats assez satisfaisants. Certaines factions se sont retrouvées au tour de l’essentiel. Le travail est entrain de se poursuivre à leur niveau pour arriver à une réunification général du mouvement.

Pour conclure, je dirai que dix années après sa mort, le MFDC a commencé à appliquer les conseils de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor.

Interview réalisée par Abdou Rahmane Diallo

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