Casamance: Interview de René Capain Bassène sur les déclarations de la situation d’accalmie et de l’exploitation du zircon

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Interview de René Capain Bassène sur les déclarations de la situation d’accalmie et de l’exploitation du zircon

Exclusif: René Capain Basséne, journaliste, écrivain et observateur du conflit en Casamance se confie au Journal du Pays et apporte des précisions

–          C’est malhonnête de vouloir à tout prix situer la période d’accalmie à partir de 2012

–          Le MFDC  ne s’est jamais opposé à l’exploitation du zircon » cette déclaration ne me convainc pas aussi bien dans sa forme que dans son fond

–          Que les acteurs de paix se gardent de tenir des déclarations hâtives pouvant avoir des conséquences néfastes sur les populations

–          Que soient poursuivies les discussions avec les populations et surtout avec le MFDC afin d’éviter toute reprise de la violence armée en   Casamance

Dans une de vos interventions, vous aviez clairement soutenu qu’une exploitation « forcée » du zircon allait directement raviver la flamme de la violence armée en Casamance et que par conséquent il fallait privilégier la voix du dialogue pour arriver à un consensus afin de préserver l’accalmie qui prévaut depuis 2012 avec l’avènement du président Macky Sall ?

S’il vous plaît, je suis désolé, mais je suis obligé de vous interrompre car il me faut apporter une rectification. Depuis un certain temps, sans doute dans l’objectif de faire plaisir au régime actuel, j’entends à travers la presse certains acteurs impliqués dans la dynamique de recherche de la paix déclarer que « c’est avec ou sous le président Macky Sall que la Casamance a connu cette période d’accalmie que nous vivons ». Je veux simplement dire que c’est une contre vérité.

Je ne donnerai pour illustrer mon propos les exemples du retour au bercail à partir de 2004 des habitants de Effoc, Youtou, Siganar, Mpack ; Mandina mancagne,Toukara, Toubacouta, Bourofaye Bainounck et Bourofaye diola mon village natal etc. Quand en faisant allusion au conflit on mentionne les noms de ces localités, on se rappelle de la période de pic de la crise. Ces villages ont été occupés à la fois par l’armée et par les combattants du MFDC et  selon la fréquence et les densités des affrontements tout, voir presque tout y a été détruit, incendié ou rasé.

S’il n’y avait pas décrispation, les populations qui ont eu à subir de nombreuses exactions de la part des parties en conflit ne seraient pas retournées vivre chez elles après plus de treize (13) ans d’exile pour les uns et huit (8) à cinq (5) ans pour les autres. Elles ne sont pas suicidaires non plus, et leur retour ne s’était pas opéré sous la contrainte, elles ont été motivées par l’observation d’une nette baisse des hostilités sur le terrain. Dieu merci, nous sommes en train de bien profiter de cette situation que nous continuons de vivre.

Cela dit, je comprends l’état d’esprit de ces dits « apôtres de la paix » qui, à la limite cherchent non seulement à politiser la crise, mais à justifier leur raison d’exister car pour la plupart, ces groupes d’acteurs sont nés en 2012.

Car souvenez-vous que le président Wade avait pris sur lui la décision d’écarter tous les colporteurs de la paix et  qu’il était le seul habilité à nommer et à dégommer  à sa guise ses médiateurs. Il  n’avait pas ouvert la porte à une floraison d’acteurs de paix comme c’est le cas de nos jours.

C’est malhonnête de vouloir à tout prix situer l’accalmie à partir de 2012 et vouloir en faire un produit de leurs activités. Ce n’est pas humain de vouloir faire de cette crise un fonds de commerce.

En réalité, les acteurs de paix « engagés ou réengagés » à partir de 2012 cherchent à cacher leurs échecs en se donnant des résultats jamais obtenus et à subtilement vouloir les dédier ou les mettre à l’actif du régime actuel pour mieux l’endormir, continuer à bénéficier de sa confiance et celle des bailleurs de fonds.

Mais contrairement à leurs déclarations, je vais préciser qu’à partir de 2000 César Atoute Badiate avait déposé les armes ; il ne les a réutilisées qu’en 2014. Que les démineurs étaient pris en otage sous le régime de Macky Sall ; que le blocage par les combattants du MFDC de certains projets tels que le refus de la poursuite du déminage humanitaire, la construction de certaines pistes de désenclavement et de production et de nos jours l’opposition à l’exploitation du zircon se sont passés ou se passent sous Macky Sall. Que ledit processus de paix n’a jamais connue une impasse aussi visible que celui qu’on est en train de traverser depuis 2012. Certains acteurs de paix sont entrain de mal renseigner le président de la république sur la gestion du conflit en lui faisant croire que tout se passe bien.

En parlant de l’opposition du MFDC face au projet d’exploitation du Zircon, vous me permettez de pouvoir poursuivre ma question car de nos jour les choses semblent avoir très bien évoluées avec la déclaration des combattants qui ont dit ne s’être jamais opposés à ce projet. Quel est votre appréciation de cette nouvelle situation ?

Ce serait une excellente chose si réellement cette déclaration provenait du MFDC ?

Vous semblez ne pas être convaincu par cette déclaration si oui pourquoi ?

Rire- Vous avez parfaitement raison. Je suis honnêtement très loin d’être convaincu par cette déclaration qui est attribuée aux combattants du MFDC pour deux raisons fondamentales :

Si dans la formulation on avait dit que finalement les combattants ont varié de position, j’aurais peut-être accepté. Mais dire qu’ils ne se sont jamais opposés, c’est prendre les populations pour des abrutis. Les combattants s’ils l’ont dit, ils se seront alors contredits. Nous avons tous en mémoire le communiqué radiodiffusé signé par César Atoute Badiate en 2014, celui signé par Salif Sadio en 2015 et celui de Compass Ibrahima Diatta datant de la même année où tous les chefs de ces trois factions rivales ont clairement mentionné leur opposition catégorique à l’exploitation du Zircon. Ils sont allés plus loin dans leur communiqué en précisant que toute tentative d’exploitation du zircon sera considérée comme une déclaration directe de guerre. A ce propos je n’ai rien inventé et l’opinion pourra confirmer ce que je suis en train de dire. Le MFDC a produit en fin septembre un communiqué signé par la cellule de communication du maquis pour rappeler qu’il demeure toujours opposé à ce projet et que débuter les travaux d’exploitation équivaut a une déclaration de guerre. Comment donc certains ont –ils oser dire à la face du monde que le MFDC n’a jamais été opposé à ce projet ?

Le second fait qui me fait douter de cette déclaration réside dans la forme par laquelle l’information a été livrée aux populations. Pour qui connait bien le MFDC ; il a un mode de communication invariable à savoir que toutes les décisions qu’elles soient écrites ou orales proviennent toujours d’une source officielle.

C’est soit un chef de faction ou son porte-parole qui se prononce à travers une interview accordée à la presse ou qui signe un document à faire diffuser par les organes de presse.

Pour cette information, il n’a nulle part été précisé le ou les auteurs de cette déclaration d’où son manque de fiabilité.

Pourtant il est rapporté que ce sont les combattants de la zone qui après avoir rencontré un groupe de médiateurs de paix ont tenu cette déclaration. N’est-ce pas ?

C’est quoi les combattants de la zone ? C’est qui exactement ? Si l’auteur de cette déclaration veut faire allusion aux combattants qui se trouvent dans la zone proche des sites retenus pour l’exploitation du zircon, il aurait été mieux pour lui de préciser le cantonnement des combattants qu’il a rencontré et leur faction car dans cette zone cohabitent des combattants des factions de Kassolole et de Diakayes.

Dans l’organisation interne des différentes factions combattantes du MFDC, tous les éléments quelle que soit leur zone d’affectation dépendent d’un commandement central auquel ils rendent compte de tout et qui est seul habilité à prendre de hautes décisions. C’est donc à Salif Sadio, Fathomas Coly, Ibrahima Compass Diatta ou César Atoute Badiate que revient le dernier mot. C’est eux qui de manière officielle peuvent rendre publique une décision de ce genre et à laquelle les populations pourront à juste titre accorder une certaine crédibilité. De nos jours pour ce qui concerne les factions de Aquinthia, Kassolole et Diakayes en processus très avancée de réunification, les hautes décisions sont livrées par la cellule de communication du maquis.

Si on vous comprend bien, vous ne croyez pas en cette déclaration. Exact ?

J’ai plutôt peur des conséquences de cette déclaration. Et je suis très préoccupé par la légèreté avec laquelle certains acteurs veulent ou sont en train de gérer ce problème de l’exploitation oui ou non du zircon.

Croyez qu’en une rencontre de quelques heures, un acteur puisse convaincre les combattants à renoncer à leur opposition au Zircon ? Pour qui connait bien le MFDC jamais une décision n’a été prise séance tenante. Apres une rencontre, ils se donnent toujours le temps de se retrouver, de discutr avant de donner leur réponse finale.

J’ai toujours répété dans mes interventions que depuis 2014 aucun acteur de paix n’a accès aux factions de César Atoute et de Compass. Fathomas Coly le nouveau chef de Diakayes ne s’est jamais présenté à une rencontre avec les acteurs de paix. Il est dans la même dynamique que César Atoute Badiate et Compass qui ont décidé de se consacrer à comment se réunifier en lieu et place de se laisser distraire par les acteurs de paix. Salif Sadio quant à lui n’a ouvert sa porte qu’a la communauté Sant Egidio.

Avec qui les acteurs de paix ont discuté ? C’est là toute la question.

Pour ma part, je n’accorde aucune valeur à cette déclaration. Je considéré que le MFDC dans son ensemble demeure toujours opposé à l’exploitation du zircon tant que ce ne sera pas une voix officielle qui se prononcera.

Je conseille:

–          Aux autorités et à l’entreprise qui doit exploiter le zircon, de prendre le temps de bien et mieux asseoir le dialogue avec les populations mais surtout avec le MFDC. Il ne faudrait pas que ce projet finisse par nuire la vie des populations. J’ai peur que par manque de communication, on arrive à faire resurgir conflit armé en Casamance. Les Casamançais sont fatigués et il ne faudrait pas que pour des intérêts particuliers on rallume inutilement le flambeau de la violence.

–          Aux acteurs de paix et autre médiateurs en faveur de l’exploitation du zircon, de s’y prendre avec une rigueur accompagnée d’une dose de patience. De ne pas se hâter à donner des informations pour que l’histoire retienne que c’est tel ou tel autre acteur qui a décanté la situation. Rencontrer quelques combattants dans leur cantonnement n’est pas équivalent à rencontrer les délégations des différentes factions. Nous voulons quelque chose de fiable, nous ne voulons pas de déclarations qui demain pourraient à la surprise générale voir la Casamance basculer à nouveau dans la violence. C’est plusieurs factions qui ont déclaré et renouveler leur opposition à l’exploitation du zircon. Ce n’est donc pas en rencontrant  quelques éléments du cantonnement de Kaatack qu’on aura décanté la situation. Ayez pitié des pauvres populations que nous sommes. Nous avons assez souffert de la guerre c’est pourquoi il faut prendre le temps de négocier des choses durables.

–          Pour ma part, que le zircon soit exploité ou pas, ce qui m’importe c’est la paix et la stabilité en Casamance et j’invite tout un chacun à œuvrer pour cela. Il faut poursuivre les discussions car contrairement à ce qu’on tente de faire croire à l’opinion, aussi bien du côté des populations que du MFDC il y a encore de la résistance ; si pour les uns elle est passive, pour les autres elle risque d’être armée avec tout ce que cela peut comporter comme conséquences sur le vécu des populations. C’est tout ce que je peux dire pour le moment en attendant d’être contredit…

Interview réalisée par ARDiallo

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