Casamance: Décembre 1982-Décembre 2015, trente-cinq années de conflit armé

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Décembre 1982-Décembre 2015, trente-cinq années de conflit armé

Le 26 décembre 1982, plus de 100.000 manifestants casamançais ont marché pacifiquement à travers les artères de la commune de Ziguinchor, la capitale de la province, en faveur de l’indépendance de la Casamance.

Leur manifestation a été violemment réprimée par les forces armées sénégalaises alors qu’ils ont remplacé le drapeau sénégalais par le drapeau blanc de la paix.

Cet évènement marqua le début d’une guerre que d’aucuns ont qualifié de crise casamançaise.

Malgré tout et malgré les moyens consistants déployés dans le cadre de la recherche de la paix, la crise perdure toujours avec invariablement des moments de haute et de faible intensité.

Cette situation a fini par instaurer un climat de ni paix ni guerre curieusement qualifiée de « période d’accalmie » par quelques acteurs de la scène casamançaise.

René Capain Bassène, journaliste écrivain et fin observateur de cette crise nous livre son analyse sur les facteurs bloquant les tentatives de recherche d’une paix durable dans la région.

Monsieur Basséne, aujourd’hui le conflit casamançais est vieux de trente-cinq ans et on ne parvient toujours pas à lui trouver de solution, qu’est ce qui a votre avis expliquerait cette situation ?

Les facteurs bloquant les tentatives de négociations sont nombreux. Mais les principaux éléments qui retardent l’ouverture de négociations sincères sont entre autre la décision des autorités sénégalaises de discuter de tout, sauf de la question de l’indépendance qui pourtant demeure la revendication principale du MFDC et le fait que le MFDC se dise prêt à ne négocier de rien d’autre que l’indépendance. C’est pourquoi j’ai toujours soutenu que jamais il n’a existé de processus de paix en Casamance.

Pourquoi réfutez-vous l’existence d’un processus de paix en Casamance ?

D’abord, c’est parce que je ne parviens pas à comprendre que ceux-là mêmes qui se disent ouverts au dialogue, constituent curieusement des facteurs bloquant en persistant à poser des conditions préalables qui entravent sérieusement toute tentative de processus de négociations sincères.

Ensuite, je crois savoir qu’un processus de paix est quelque chose de très dynamique et qui en outre doit comporter, un contenu bien précis, une feuille de route comportant un ensemble de mesures, de décisions et d’activités consensuelles, bien planifiées par les parties prenantes en suivant la règle du « avant », « pendant » et de l’ « après » négociations et enfin, à ce processus de paix, on doit définir une vision claire et très précise de ce qui est recherché.

Hélas, ce schéma n’a jamais encore existé pour ce qui concerne ce que certains acteurs qualifient de  processus de paix en Casamance.

Comment appréciez-vous les efforts des acteurs de paix ?

Vous voulez parler des mesdames et messieurs Casamance ? Ces derniers ont plutôt contribué à compliquer la situation en lieu et place de jeter les bases vers une solution durable de sortie de crise. Ils ne parlent que des soit dit efforts de leur groupe ou de leurs leaders dans le cadre de la recherche de la paix. Jamais on ne les entend parler des autres acteurs de paix. Chacun d’entre eux prêche pour sa propre chapelle. Il n’y a aucune synergie d’activités entre eux. Plutôt ils n’hésitent pas à se glisser des peaux de bananes, à se verser dans la calomnie des uns à l’endroit des autres, car chacun cherchant à faire échouer l’autre. Chacun avait ses combattants avec qui il déroulait son processus de paix à lui. Selon l’objectif recherché auprès des hautes autorités sénégalaises et des bailleurs de fonds, chacun savait activer ou désactiver à sa guise sa faction de combattants. Parmi eux, il y a de véritables colporteurs de la paix qui ont tous obtenu leurs accords dans ou par la division pourvu qu’ils parviennent à se remplir les poches.

C’est ainsi que de la première trêve dite accord de Toubacouta signé le 26 Mars 1991, suivi de l’accord de Bissau du vendredi 31 mai 1991, du 8 juillet 1993 à Ziguinchor, suivi des accords en de Banjul I et II en 1999 en passant par le fameux accord du 30 décembre 2004, jusqu’aux négociations de Foundiougne 1 du 29 janvier 2005, voir même celles en cours avec Salif Sadio , aucun de ces actes n’a été le fruit d’un consensus de la part du MFDC.  C’est d’ailleurs ce qui explique que tous ces accords fortement médiatisés et qui avaient suscité un réel espoir auprès des populations se sont avérés être  de gros échecs dans leurs tentatives de rapprocher les parties en conflit.

Quelle est la situation actuelle concernant les activités de recherche de la paix en Casamance ?

Toutes les tentatives de recherche de la paix en Casamance sont dans l’impasse totale. Rien n’est en train de bouger sur le terrain en ce moment où je suis en train de vous parler. Tout est au point mort. En vérité, depuis octobre 2014, les portes des maquis se sont subitement fermées et hermétiquement refermées à tous les messieurs Casamance et autres facilitateurs. Ils n’ont plus la possibilité de rencontrer officiellement les combattants pour leur parler de leurs projets.

A l’heure où je suis en train de vous parler, hormis la communauté Sant’Egidio qui depuis quatre ans est entrain sans résultat probant de discuter avec Salif Sadio, aucun contact sérieux n’est établi entre un quelconque acteur et l’aile combattante du MFDC, encore moins entre un médiateur et une faction de l’aile politique ; laquelle a d’ailleurs toujours été contournée par les acteurs préposées au rapprochement des parties en conflits. Je suis étonné d’entendre le président de la république les féliciter, mais j’ai compris qu’il est juste mal informé.

Je termine par dire que trente-cinq après son éclatement, le conflit en Casamance perdure toujours car ce qui est baptisé de processus de paix demeure encore stérile malgré la disposition et l’engagement déclarés des belligérants à négocier pour trouver une issue heureuse au vieux conflit qui est en train de perdurer en Casamance.

Kondiarama

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