Sénégal: Mamadou Abdoulaye Dieng ou la mort «du boucher de la Casamance» : par devoir de mémoire.

Gratuit
Recevez toutes nos informations et actualités par Email.
Entrez votre adresse email :

par devoir de mémoire.

Paix à son âme

Nous avons appris, à travers les médias, le décès du Général Mamadou Abdoulaye Dieng, ce lundi matin. Toute âme, l’humanisme le requiert, mérite les condoléances. Nous les exprimons alors à sa famille éplorée et prions pour son repos, ainsi que pour son admission au paradis.

Par devoir de mémoire et pour sortir du tout sécuritaire en Casamance

Ceci dit, le défunt fut dénommé en Casamance « le boucher de la Casamance ». Et pour cause, il incarna dans les années 90 la politique de répression et du tout militaire du Président Abdou Diouf. Il a inauguré avec son patron, le Président Abdou Diouf, la militarisation institutionnelle de la Casamance. Au point d’en faire un territoire de droit exceptionnel ; osons le dire, de non droit. Boucher de la Casamance, parce qu´aussi il a ordonné et dirigé les escadrons de la mort qui ont assassiné les lieutenants de Diamacoune, les massacres de Kaguit, de Djimbering, de Brin, dans plusieurs villages du Boulouf, avec des rafles et tortures pêlemêle. A ma troublante adolescence, j’ai retenu de lui les scènes d’humiliation de nos pères à Bignona.

Des vieux attachés nus, á même les arbres qui bordent la route conduisant á la gendarmerie de Bignona, d’innocents villageois arrêtés et exécutés de façon extra judiciaire. Des militants ou non du Mfdc torturés par la technique de brulure des barbes. Depuis la boucherie de Dieng, la Casamance a vécu les plus sombres pages de son histoire socio politique.

L’histoire retiendra qu’il fut l’exécutant zélé et haineux de la politique sanglante du président Diouf dans les villages et villes du pays des rizières. Par devoir de mémoire, il faut le dire et souligner : que cette phase coïncida avec des emprisonnements tous azimuts, avec un système de délations qui a empoissonné les relations de bon voisinage et la fraternité casamançaise. Il a instauré une atmosphère pourrie où chaque casamançais était l’espion et la taupe contre son frère et sa sœur.

Cela coïncida aussi avec le rapport d’Amnesty international dénonçant les violations de droits de l’homme en Casamance, au point où un pays comme l’Allemagne, sous le Chancelier Helmut Cohl, dont la chancelière s’apprêterait à effectuer une visite à Dakar, avait ouvertement annoncé que tout casamançais fût bien venu, au nom de l’asile que ce pays offrait.

Par devoir de mémoire, et pour tirer des leçons de l’histoire, le tout sécuritaire réactualisé actuellement en Casamance ne fait que produire, pour paraphraser Diamacoune, « les semences des luttes futures ». Pourtant, il est plus qu’urgent d’opérer le bascule du tout militaire au tout politique.

La persistance de l’option militaire ne conduit qu’á l’impasse.

Abdoulaye Dieng, au-delà de la tentation de rancune, devrait plutôt nous inspirer la sagesse politique selon laquelle, on ne tue jamais un nationalisme par les armes. On l´appréhende selon un schéma politique puis on l’intègre dans un jeu démocratique ouvert, á la faveur de la paix formalisée dans un texte d’accord entre les parties belligérantes.

Pourtant, des Abdoulaye Dieng, il en existe toujours en Casamance, notamment depuis les évènements tragiques de Bofa. Ils furent une aubaine pour en découdre, à l’image de Abdoulaye Dieng, avec un irrédentisme du pays de Invita Felix. La mort des autres doit certes nous rappeler la nôtre, mais surtout la lucidité susceptible de restaurer la mémoire des erreurs et des exactions, afin que celle qui se fait aujourd´hui sous nos yeux soit celle des œuvres tendant vers la paix juste et fondée sur la vérité.

Dr. Ahmed Apakena Dieme CIU du MFDC. Consultant, Bonn/ RFA

  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »